La brève histoire du moteur Matra MS82

Matra F1

C’est l’histoire d’une concession contre une survie industrielle. La brève histoire du moteur Matra V6 Turbo au début des années 80…

Matra et la Formule 1 est une histoire remontant à la fin des années 60, couronnée par le titre, avec le concours de Ken Tyrrell et Jackie Stewart en 1969 et la construction du V12 MS9. L’aventure F1 est stoppée à la fin de la saison 1972 et l’activité compétition de Matra fin 1974 sur un énième succès aux 24 Heures du Mans. Si l’équipe ne renaîtra jamais, la section moteur resta en sommeil grâce à la bienveillance de Georges Martin. En 1975, les négociations avec l’équipe Shadow n’ayant pas abouti, c’est un projet  » franco-français «  qui émerge grâce au duo Guy Ligier et Jacques Laffite pour 1976. Une aventure qui se terminera deux saisons plus tard, faute de moyens. Quelques mois plus tard,  » Peugeot-Citroën «  reprend les actifs de Chrysler Europe. En 1980, Simca le partenaire technique des automobiles Matra devient Talbot, Ligier est repris à hauteur de 70% par la nouvelle marque et le moteur Matra revient en piste (PSA a hérité de 45% de Matra dans la corbeille de mariage avec SIMCA), le temps d’un bref moment car en coulisse la Division Moteurs et Etudes Avancées de Matra (DMEA) étudie déjà l’avenir.

En décembre 1980, l’expérimentation du moteur turbo est étonnante !  » Nous avons utilisé les six cylindres d’une des deux rangées de notre V12 en retirant une ligne de bielles et en bouchant les trous. Deux jours d’essais plus tard, nous avons atteint une puissance que l’on n’aura jamais sur le moteur définitif  » indiquait à l’époque l’ingénieur Martin. En 1981, un V6 120°C de 1500 cm3 tournant à 12.000 tours/minute entrevoie le jour. A l’époque, la puissance était fixée à 550 chevaux par Peugeot qui souhaitait contrer Renault sur son terrain à l’horizon 1982 (il attendra entre 700 et 800 chevaux sur le banc).

Le 1er novembre 1981, le MS82 était prêt. Mais la période était mauvaise pour le groupe PSA. En difficulté stratégique après la reprise de Chrysler Europe qu’il a tenté d’unifier sous la marque Talbot, les caisses commencent à devenir vides et l’accord industriel entre le groupe sochalien et Matra n’avait abouti sur la route que sur la Murena qui sera un échec. Le chiffre d’affaires de la filiale automobile était de 560 Millions de Francs, alors que Peugeot avait fixé 710 Millions sur l’objectif 1981. Pire le déficit était de 90 Millions de Francs. Lorsque la facture moteur de Matra arriva sur le bureau de la Grande Armée, siège de PSA à Paris, le prix était trop élevé pour être réglé. La rupture entre les deux partenaires n’était pas loin. L’épisode du MS82 sera à rajouter sur le passif d’une rupture annoncée en septembre 1982, après un énième refus industriel du projet P18 (le futur Espace).

En décembre 1982, l’évolution du modèle, nommée P23 est présentée à l’état-major de la Régie Renault qui signe un accord, dans la foulée, un mois plus tard. L’histoire de Matra Automobile renaîtra sur un coup de dés et permettra d’établir des bénéfices aussi importants que la filiale missile du groupe une décennie plus tard.

Les 70% de Talbot envers Ligier ont retrouvé leurs propriétaires d’origine, mais Jacques Laffitte quitta l’équipe pour la structure Williams F1 Team. Malgré son titre pilote avec Keke Rosberg en 1982, Frank Williams et Patrick Head estiment que le temps du turbo est venu pour rester compétitif. Au détour d’une discussion, Jacques Laffitte leur parle du moteur Matra et de sa formidable puissance au banc. A Buc dans les ateliers du DMEA, la machine n’est pas encore arrêtée. La facture n’a pas été payé par PSA, mais quelques moteurs sont réalisés. Ils seront montrés discrètement à Patrick Head, lors d’une visite de l’ingénieur anglais dans les ateliers à la fin de l’année 1982.

L’accord entre l’écurie Williams F1 Team et Matra se réalise. Ayant compris que le soutien de PSA était inutile, Frank Williams propose le financement de son moteur à son sponsor principal, le Groupe TAG. Akram Ojjeh est enthousiaste et le projet se met en place pour une utilisation, lors de la saison 1983, sur la prochaine monoplace : La FW09. Ce ne sera qu’un bref moment ! Ron Dennis ayant eu vent du projet Williams F1 Team, il discuta rapidement avec le fils d’Akram Ojjeh, Mansoor pour lancer un projet équivalent via Porsche, mais à une échelle plus grande.

L’accord  » Williams F1 Team – Matra «  fera du bruit dans le paddock F1. Les responsables de la Régie Renault font pression sur Jean-Luc Lagardère et Matra. Le Renault Espace était prévue pour le mois d’avril 1984 et fort de la relation précédente avec PSA, Jean-Luc Lagardère décide de laisser tomber le moteur F1. L’avenir industriel de son empire était déjà mal en point depuis la nationalisation de 1981. Il ne pouvait risquer un conflit ouvert avec la puissante Régie Renault (et donc avec l’Etat Français). La fermeture du DMEA est actée ! Une cinquantaine de personnes sont reclassés au sein du groupe Matra, chez Renault Sport et Peugeot Talbot Sport par Georges Martin.

Ainsi s’achève l’aventure F1 de Matra, malgré une dernière rumeur dans les années 90 d’un retour de la marque comme motoriste. Un simple bruit au moment des renégociations avec Renault autour de l’Espace. Un simple souffle…

Article de Marc Limacher de TomorrownewsF1.com

A propos de Marc Limacher

Marc Limacher est le créateur de TomorrowNewsF1.com. Sur son blog, il décrypte l'information économique et technique sur la Formule 1...