La brève histoire de Supertec en Formule 1

1999 - Williams F1 Team

Lorsque Renault Sport annonce son retrait de la Formule 1 fin 1997, inspiré par son précédent retrait dans les années 80, une cellule de veille est constituée pour imaginer le prochain moteur de la marque au losange. Dans l’attente, la technologie du V10 RS09 a été vendue en 1998 par Mecachrome, qui l’a distribué aux écuries Williams F1 Team et Benetton Formula 1. Puis arrive 1999 et l’introduction de Supertec. Une courte histoire…

Mai 1998, Flavio Briatore sort avec Christian Contzen et Patrick Faure de l’hospitalité de Mecachrome en plein théâtre du Grand Prix de Monaco. Les français annoncent que désormais l’italien va prendre en main la destinée de la vente des moteurs V10 à partir de 1999, via une structure commerciale qui disposera d’un contrat de 5 ans, jusqu’en 2003 : Supertec est né.

L’histoire débute fin 1997 par un aparté. Flavio Briatore, propriétaire de l’équipe Minardi, via une obscure société débourse les 5 Millions de dollars souhaités d’acompte pour disposer du moteur Mecachrome pour la saison 1998. L’ambition était de rendre la mariée plus jolie pour ensuite vendre le moteur à British American Tobacco qui hésitait entre trois projets (celui de Flavio Briatore, celui de David Richards avec Benetton Formula 1…) le choix du projet de Craig Pollock via Tyrrell et Reynard a contraint l’italien a vendre son option moteur à Benetton Formula 1 en Décembre 1997.

Le GS37-01 produit et commercialisé par Mecachrome durant la saison 1998 est en réalité le Renault RS09A qui avait été vu dans les Williams F1 Team FW19 et Benetton Formula 1 B197 de la saison précédente. Un bloc moteur fournissant une puissance de 755 chevaux, avec une évolution à 775 chevaux en version qualifications dans la deuxième partie du Championnat. Pour le projet Supertec, l’ambition était de vendre la version RS09B de 775 chevaux. A un prix exorbitant !

Vendu 15 Millions de dollars en 1998 (90 Millions de Francs), le moteur sera proposé à un prix de base de 20 Millions de dollars dès 1999 (120 Millions de Francs). Williams F1 Team ayant décidé de garder le GS37-01 pour 1999, Benetton Formula 1 et BAR disposèrent du nouveau Supertec FB01. Le plan d’affaires comprenait 3 clients premium (Supertec) pour que le projet soit rentable. Mais la piste Sauber F1 Team ayant fait long feux durant l’été, le prix du moteur a été revu à la hausse pour tout le monde : Une augmentation de 3 Millions de dollars (20 Millions de Francs). Une hausse des tarifs qui ne s’est pas traduite par une hausse des performances. Annoncé pour 775/780 chevaux, en réalité c’est le même moteur Mecachrome à peine amélioré qui débute la saison avec une version qualifications qui permet d’avoir plus de puissance à partir du milieu de saison. Le remake de l’année précédente ! Le moteur RS09B n’ayant pas été initialement prévu pour être introduit en course, la fiabilité électronique retarde le développement du moteur, qui devient moins fiable. Seul la structure Williams F1 Team disposant d’un moteur éprouvé tira son épingle du jeu.

BAR signant avec Honda et Williams F1 Team avec BMW, Benetton Formula 1 n’était que l’unique partenaire moteur de Supertec en 2000. Les discussions avec Sauber F1 Team ayant encore une fois échoué, tout comme celles avec Alain Prost durant l’été. En Juin 1999, Flavio Briatore annonce que Supertec va proposer un nouveau moteur en 2001, qui disposera d’un angle plus ouvert et qui sera plus compacte. En attendant, le FB02 est disponible sur la Benetton Formula 1 B200, tandis que le FB01 (alias GS37-01 de Mecachrome) se retrouve chez Arrows. Si la première va débourser 25 Millions de dollars (170 Millions de Francs) pour un moteur disposant enfin de 780 chevaux, Arrows va débourser 18 Millions de dollars (122 Millions de Francs) pour 760 chevaux, mais une fiabilité assurée.

En mars 2000, Renault rachète Benetton Formula 1 qui deviendra en 2002 Renault F1 Team. Quelques mois plus tard, le projet Supertec est mis en veille. Non sans avoir permis à la marque française de financer son nouveau moteur V10 111°C qui débuta lors du Championnat 2001. Une stratégie gagnante pour Renault, mais moins gagnante pour ses partenaires qui ont souffert du manque de puissance du bloc moteur hérité d’un projet datant initialement de 1995.

Avril 1997. Julian Jakobi et Craig Pollock présentent un projet à Patrick Faure. Les agents de Jacques Villeneuve savaient que la marque française allait quitter la discipline quelques mois plus tard. L’esquisse d’un projet d’une équipe construite autour du dernier Champion du Monde Renault se dessinait. L’ensemble serait soutenu par le groupe de tabac : British American Tobacco. L’idée était que BAT, à partir de 1998, finance une équipe construite sur la base d’une autre pendant deux ou trois ans, puis de signer un moteur Mecachrome pendant 2 ans (1999 et 2000) pour ensuite céder l’équipe à Renault en cas de retour. Le projet BAR est né…

En coulisse, Flavio Briatore qui avait été limogé de Benetton Formula 1 en septembre 1997, avait d’autres ambitions. Ayant verrouillé le sponsoring de Mild Seven (Japan Tobacco) pour le compte de Benetton Formula 1, il proposa un business model à Renault Sport en Mars 1998. L’idée était de vendre  » cher « , une évolution moteur du Mecachrome sous un autre nom et que les bénéfices servent à construire un nouveau moteur pour l’avenir, afin que Renault reste compétitif. En fait, il désirait refaire le coup de 1989. Séduit, le duo  » Christian Contzen – Patrick Faure «  signe avec l’italien qui servira ensuite d’intermédiaire dans la vente de l’écurie Benetton Formula 1 à Renault, une année plus tard.

Dernier aparté pour terminer… Longtemps une rumeur a rodé dans le paddock de Formule 1. Ce bruit affirmait que le moteur BMW E41 était en réalité un Supertec fabriqué en Allemagne par la marque allemande, en attendant la mise au point de son surpuissant P82. Le E41 n’avait jamais été pris en photo et présentait des dimensions et des poids similaires au FB02. L’angle était à peine différent de 1°C. En vérité, la rumeur indiquait que BMW a loué à Supertec, le moteur pour la saison 2000 et accepta de céder ses évolutions techniques pour 2001 et jusqu’en 2003, l’année d’expiration du contrat  » Renault-Supertec « . Le moteur faisait 800/810 chevaux en version qualifications et était devenu fiable. Un contrat secret et une totale réussite qui servira de base du RS24 quelques années plus tard…

A propos de Marc Limacher

Marc Limacher est le créateur de TomorrowNewsF1.com. Sur son blog, il décrypte l'information économique et technique sur la Formule 1...