Histoire F1 : 1986, l’année ou McLaren a perdu le moteur Honda

1988 - Ayrton Senna

Les relations entre McLaren et Honda, en phase de découverte et de construction en 2015 pour un avenir proclamé comme meilleur, sont annoncés comme ancienne et remontant à la période 1988-1992. Toutefois, les pourparlers entre l’équipe de Woking et le constructeur nippon remontent deux années auparavant. Un début de relation soldé par un échec et qui a provoqué la première vague des transferts de Champion du Monde.

Lorsque Ron Dennis décida d’aborder l’ère du moteur turbo au début des années 80, il n’avait pas hésité à séduire la société saoudienne TAG, sponsor de Williams F1 Team depuis 1980, afin de financer un moteur conçu par le bureau d’étude Porsche. Avec cet accord, McLaren disposait d’un moteur fiable et d’un savoir faire du constructeur allemand et TAG pouvait vendre les brevets utilisés en Formule 1 via ce partenariat. Les titres de 1984 avec Niki Lauda et 1985 avec Alain Prost confirmèrent l’intuition de Ron Dennis. Pourtant l’argent de Honda Motors allait faire la différence à partir de 1986 en propulsant les Williams F1 Team de Nigel Mansell et Nelson Piquet en haut de l’affiche.

Dès le premier semestre 1986, Ron Dennis entre en contact avec Nobuhiko Kawamoto, Vice-Président de Honda, depuis trois ans. Le paddock savait que Honda Motors avait signé un contrat d’exclusivité de trois saisons avec Williams F1 Team et qu’une seconde équipe pouvait être fournie à partir de 1987. Les pourparlers vont bon train entre McLaren et Honda durant le printemps. Ron Dennis ayant compris que la compétitivité de ses McLaren allait passer par un nouveau moteur soutenu par un constructeur : Honda était la cible idéale. L’objectif d’avoir dès 1987 une McLaren-Honda avec Alain Prost au volant séduisait les ingénieurs nippons.

En coulisse, Nobuhiko Kawamoto était séduit par trois pilotes : Alain Prost, Ayrton Senna et Nelson Piquet. Ce dernier était chez Williams F1 Team au prix d’un salaire de 4 à 5 Millions de dollars et un contrat jusqu’en 1987. Tandis que le sportif français était toujours propulsé par TAG Porsche et le pilote brésilien par le turbo Renault. Ron Dennis estimait qu’il était confiant, car en plus il avait embauché Keke Rosberg qui avait de 1984 à 1985 été pilote Williams-Honda. Toutes les cartes étaient en place à Woking. Mais c’était sans compter sur Peter Warr !

Le rusé manager anglais de Team Lotus, sachant que Renault Sport allait se retirer de la Formule 1 (fin 1986) avait déjà entamé des discussions avec Honda dès la fin 1985. Surfant sur la popularité d’Ayrton Senna et son retour comme  » Top Team «  dans le Championnat des Constructeurs. Si le trio  » McLaren/Prost/Rosberg «  était favori, le plan B était bien le duo  » Lotus/Senna « . En déplacement à Tokyo en fin de saison, avec Alain Prost, Ron Dennis souhaitait relire le contrat 1987 de fourniture du moteur Honda envers McLaren, avant de signer celui-ci. Les japonais ont mis fin à l’histoire… Vexé d’avoir perdu le titre pilote 1986 qui leur avait été promis (ils seront toutefois titrés chez les Constructeurs), car Williams F1 Team n’avait pas donné de consignes entre Nigel Mansell et Nelson Piquet. Du coup, le titre mondial est revenu à Alain Prost. Son second.

Pour 1987, Honda équipa donc Williams F1 Team et Team Lotus. McLaren qui avait mis en veille son programme moteur TAG depuis plusieurs semaines, réactiva un ultime développement moteur. Ron Dennis, ayant compris son erreur entama dès la fin des négociations entre Honda et McLaren des discussions avec Ayrton Senna. Après plusieurs semaines de tractations, en juillet 1987 les avocats du sportif brésilien informèrent Peter Warr qu’il ne pilotera plus pour Team Lotus en 1988. Peter Warr ne souhaitait pas perdre à la foi son sponsor Camel et le moteur Honda (qui pouvait repartir chez Williams F1 Team) pour l’année 1988. Une semaine plus tard, à Nice il entra en négociation avec Nelson Piquet. Quelques jours plus tard, le triple Champion du Monde brésilien signa son contrat Team Lotus pour 1988 et 1989. Une opération éclair qui coupa la confiance de Ron Dennis qui négociait aussi en secret avec Nelson Piquet en alternative (ou pour faire pression) sur Ayrton Senna. La manœuvre de Peter Warr était intelligente. Sachant qu’Alain Prost avait accepté la présence d’Ayrton Senna chez McLaren pour permettre au moteur Honda de propulser une McLaren en 1988, le manager de la structure Team Lotus embaucha à prix d’or Nelson Piquet, qui était le troisième pilote fascinant le constructeur nippon. Williams F1 Team garda Nigel Mansell avec plus aucun espoir de pouvoir confirmer ses titres 1986 et 1987. Le pilote anglais signa rapidement chez Ferrari pour la suite.

Pendant que Ron Dennis se félicitait d’avoir enfin pu séduire Honda et assurer l’avenir de son équipe pendant quelques années, à Didcot depuis le mois d’avril 1987, Bernard Cassin est invité régulièrement dans l’antre de Frank Williams. L’homme va se rendre plusieurs fois en secret pour discuter… Avenir. En juin 1988, Renault Sport annonce son retour pour 1989. Une histoire parallèle débutait ainsi…

A propos de Marc Limacher

Marc Limacher est le créateur de TomorrowNewsF1.com. Sur son blog, il décrypte l'information économique et technique sur la Formule 1...