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Parution le 19 janvier 2008.
David Sarel : Les interférences entre le monde judiciaire et la F1 – Partie II
Affaires et F1 font-elles bon ménage ? Après une saison 2007 qui mit l’espionnage en exergue, l’avocat-pilote David Sarel répond aux questions du journaliste Sébastien Ménier...
Pour lire la première partie : C’est juste ici !
Sébastien Ménier : L’affaire Bertrand Gachot fut en effet ridicule, un vrai scandale judiciaire. Mais les faits n’avaient aucun rapport avec la pratique du métier de pilote. Des pilotes furent-ils inquiétés dans le cadre de l’exercice de leur profession ?
David Sarel : " Le grand Fangio se trouva au centre d’une affaire d’enlèvement pas très claire. Le 23 février 1958, lors du deuxième Grand Prix de F1 de Cuba, le coureur argentin fut enlevé à son hôtel par des membres d’un commando révolutionnaire cubain aux ordres de Castro. Quel meilleur moyen de faire parler de soi dans le monde entier que d’enlever le pilote le plus célèbre du monde ? Fangio sera séquestré 26 heures puis libéré devant l’ambassade d’Argentine. Ses ravisseurs le traitèrent très bien. Dans cette affaire évidemment, Fangio était la victime. "
Sébastien Ménier : Des accidents ont-ils donné lieu à des enquêtes pénales ?
David Sarel : " Oui, notamment celui d’Ayrton Senna qui s’est conclu par des acquittements après une procédure très longue. Quatre causes pouvaient être à la source de l’accident : La rupture de la colonne de direction, un débris sur la piste, un malaise d’Ayrton qui restait parfois très longtemps en apnée et une faute de pilotage. Damon Hill fut sans doute le seul à considérer la quatrième hypothèse vraisemblable. En vérité, la rupture de la colonne de direction parut la thèse la plus probable. Mais dans l’état de l’épave de la Williams après le choc, les experts n’ont rien pu démontrer. Je ne crois pas que la justice pouvait raisonnablement rendre une autre décision. "
Sébastien Ménier : Pourrais-tu préciser la différence entre justice sportive et justice pénale ?
David Sarel : " Bien sûr. La justice sportive dépend de la Fédération qui gère une discipline. Elle sanctionne des manquements à ses règlements. Elle peut donc prononcer des suspensions plus ou moins longues, des pertes de points dans un Championnat, radier le nom d’un compétiteur d’un palmarès, voire appliquer des sanctions financières. La justice pénale intervient pour sa part quand une infraction a été commise, contravention, délit ou crime. Elle a pour finalité de protéger la société de ceux qui contreviennent à ses lois. Elle peut prononcer des peines d’amende et de prison, ces dernières étant fermes ou assorties d’un sursis à exécution. Dans certaines affaires, la justice sportive et la justice pénale interviennent. Tel est le cas des affaires de dopage qui, non seulement impliquent une triche manifeste dans la compétition, mais s’accompagnent aussi d’usage et de trafic de produits prohibés. C’est pour ça qu’il arrive que des sportifs (c’est arrivé dans le cyclisme notamment) soient à la fois suspendus par leur fédération et incarcérés. "
Sébastien Ménier : Des pilotes ont-ils fait l’objet d’enquêtes pénales alors qu’ils étaient blanchis par leur Fédération.
David Sarel : " Un des plus grands pilotes de tous les temps se trouva en effet dans cette situation. En 1961, Jim Clark court à Monza sur une Lotus. Cette année-là, les Ferrari dominent les Grands Prix. Elles sont cinq engagées à leur Grand Prix national, dont celle de Taffy von Trips qui vise le titre de Champion du Monde. Clark prend un excellent départ. Von Trips le double au deuxième tour dans les boucles de Lesmo. La Lotus se colle en aspiration derrière la voiture rouge. A l’approche du virage Nord, Jim déboîte et s’apprête à reprendre sa position. Sa roue avant arrive presque au niveau de la roue arrière de la voiture rouge. Mais Taffy croit avoir largué la monoplace anglaise. Il ne fait pas attention à son rétro. Il freine et se rabat sur la Lotus. Le choc est terrible, sans doute à plus de 200 kilomètres à l’heure. Taffy est éjecté et sera tué sur le coup. Jim s’en tire indemne. Mais la monoplace italienne a heurté une barrière sur laquelle s’appuyaient des spectateurs. Les familles des blessés et des morts réclament réparation. Il faut un responsable. La justice préférerait chercher à mettre en cause un pilote plutôt que la police qui assurait la sécurité du public sur le circuit. Par contre, la Fédération n’inquiétera jamais le pilote écossais impliqué dans un fait de course. Signalons d’ailleurs qu’un tel accident aujourd’hui n’occasionnerait pas de problème plus grave qu’au pire l’abandon des deux protagonistes car la sécurité des voitures et des circuits a accompli d’énormes progrès. "
A suivre...
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