Extrait du site Fanatic F1 => www.FanaticF1.com.
Parution le 25 février 2008.
La stratégie en Formule 1 : Partie III
La présentation de la stratégie de gestion d’un Grand Prix par une écurie (détermination de quantité de carburant embarquée à bord, programmation des arrêts au stand et des ravitaillements, schémas de changement des pneumatiques, ajustements effectués en course, gestion des incidents en temps réel) n’est pas envisagée dans ce développement consacré à une vision plus globale de la stratégie pendant la saison de courses.
La stratégie dans la phase de gestion de la saison de courses
Deux éléments fondamentaux d’une politique stratégique réussie au cours de la saison peuvent être présentés : D’une part l’observation et le décryptage des courses par le biais du debriefing au sein de l’écurie (1) et d’autre part, la participation à des réunions regroupant les représentants des écuries, les pilotes et la FIA (2).
1- L’observation et le décryptage des courses ou la pratique du debriefing au sein de l’écurie après le Grand Prix
Une stratégie intéressante peut être détectée dans le recours au debriefing pratiqué après chaque Grand Prix...
Un debriefing utile et profitable doit répondre à certaines exigences et s’effectuer en plusieurs phases. Premièrement, peu après le Grand Prix, devant les managers, les ingénieurs et les techniciens présents dans les stands lors de la course, les pilotes livrent de manière synthétique leurs premières impressions sur la fiabilité, les performances ou les contre-performances de leur monoplace, sur le déroulement de la course, sur les éventuelles erreurs de pilotage commises, ou sur les incidents de course. A titre complémentaire, des observateurs directs de la course pourront apporter des précisions quant au comportement des concurrents. A l’issue de la réunion, les différents protagonistes dresseront alors un premier bilan de la course et feront part de leurs impressions réciproques. Deuxièmement, le lendemain de la course, une mise en pratique des observations recueillies la veille s’organise. Le staff technique prend connaissance du comportement des monoplaces en course notamment grâce à la transmission des relevés informatiques, des pneumatiques, des mesures télémétriques, et à l’observation visuelle des différents éléments composant la monoplace, afin de procéder dans les plus brefs délais aux modifications et réglages nécessaires. Cette phase de travail doit être réalisée en étroite coordination avec les pilotes qui doivent absolument posséder de sérieuses connaissances mécaniques. Enfin, dans les jours précédant un nouveau Grand Prix, toute l’équipe doit à nouveau se réunir pour vérifier que toutes les informations relatives à la course précédente ont été prises en compte .
2- La participation à des réunions regroupant les représentants des écuries, les pilotes et la FIA
Le debriefing pratiqué au sein de l’écurie permet de porter un regard lucide et critique sur le comportement des pilotes, la qualité, la fiabilité et la résistance des monoplaces en course... Cette analyse s’avère très constructive parce qu’elle permet de mettre à jour et de traiter dans de brefs délais les défaillances, les difficultés susceptibles de freiner la progression de l’écurie.
Cette pratique pourrait être envisagée à plus grande échelle. En effet, il serait bénéfique d’instaurer une ou deux tables rondes réunissant les représentants des écuries engagées dans le Championnat, les pilotes, et la FIA (entité organisatrice de ces manifestations) au cours de la saison. Chaque catégorie d’intervenant disposerait d’un porte-parole chargé d’exposer de manière synthétique et néanmoins exhaustive, toutes les observations, critiques et doléances des personnes qu’il représente. Une discussion ouverte pourrait alors s’engager entre tous les protagonistes... Les sujets abordés seraient variés : Eventuelles difficultés d’application du règlement, évocation des incidents survenus lors des Grands Prix précédents, degré de performance des monoplaces, mise au point sur l’utilisation et le comportement des pneumatiques (le choix du manufacturier unique favorise ce type de bilan), analyse des taux d’audience des Grands Prix et des indices de fréquentation des circuits (les écuries, généralement concentrées sur leurs seules performances, oublient que la Formule 1 est aussi un spectacle offert à un public désireux de vivre des sensations fortes, les frissons du suspense et la passion du fan...).
De telles réunions favoriseraient un décloisonnement de la Formule 1, enfermée dans une stricte logique de concurrence effrénée entre écuries et marquée par une communication difficile entre les différentes structures qui la composent. Un changement des mentalités semble s’imposer. Tout d’abord, une collaboration accrue entre tous les acteurs de la discipline permettrait à celle-ci de se moderniser et de se perfectionner. Le traditionnel antagonisme existant entre les écuries et les instances de la FIA doit être résolu à brève échéance. Un premier effort a été réalisé à l’occasion de la renégocation des Accords Concorde en 2005. La Formula One Administration (FOA) est une société qui perçoit les droits commerciaux de la Formule 1 (principalement issus des droits de retransmissions télévisuelles des Grands Prix). En vertu des Accords Concorde, ces droits sont gérés par la Formula One Administration (FOM), présidée par Bernie Ecclestone et chargée de la promotion ou du management des épreuves dans le cadre du Championnat du Monde. Pendant de nombreuses années, certaines écuries se sont rebellées contre le système de répartition des bénéfices (imposé par les Accords Concorde) favorisant largement les intérêts de Bernie Ecclestone et de la Scuderia Ferrari, écurie star de la Formule 1. Afin de sceller plus solennellement leur désapprobation, ces écuries contestataires s’étaient regroupées au sein d’une association, le GPMA, qui menaçait de créer un Championnat parallèle obéissant à des règles de répartition des bénéfices plus équitables. Un consensus semble cependant avoir été trouvé en 2006 sur la question, preuve que la discussion et la négociation ouvertes représentent une voie sérieuse de règlement des différents. Une écurie qui perçoit cette impérieuse nécessité de nouer des relations basées sur la franchise et sur l’esprit d’ouverture avec ses concurrentes, avec les instances de la FIA, adopte une stratégie gagnante parce qu’elle prépare de manière pertinente et sérieuse son avenir à moyen et à long terme, et qu’elle participe personnellement et activement à la réglementation de la discipline dont elle dépend, consciente de ses besoins et de ses intérêts.
Par Bénédicte Fort. http://www.FanaticF1.com/formule1/article4578.html
© 2008 Fanatic Réseau