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Parution le 23 février 2008.


La stratégie en Formule 1 : Partie I

Traditionnellement, le mot stratégie est associé au vocabulaire militaire. Dans son acception première, il désignait l’ensemble d’actions coordonnées, de manoeuvres, en vue d’une victoire sur l’ennemi. Aujourd’hui, la stratégie n’est plus l’apanage du seul monde des armées... Elle a infiltré de nombreux domaines de la vie civile, tels que l’économie, la finance, la politique, mais aussi le sport, et représente alors un ensemble d’objectifs opérationnels choisis pour mettre en oeuvre une politique préalablement définie en vue d’une domination sur un concurrent ou un marché.


McLaren-06

En matière sportive, plusieurs paramètres contribuent au succès : Le talent, la compétence des sportifs engagés dans la compétition, la qualité, l’efficacité de l’entraînement, la chance, l’esprit de motivation, de combativité, et également la mise en place d’une stratégie gagnante. En Formule 1, toute écurie désireuse d’accéder à une place de choix au sein du Championnat doit aussi élaborer sa ligne stratégique.... Comment doit s’envisager une stratégie gagnante dans cette discipline, sachant qu’elle débute dès la phase de préparation d’une nouvelle saison et qu’elle se poursuit lors du déroulement de celle-ci ?

La stratégie dans la phase de préparation de la saison de Formule 1

L’intersaison en Formule 1 représente une période d’activité intense au cours de laquelle se prépare avec ordre et minutie le programme de la saison prochaine : Chaque écurie doit mettre au point sa nouvelle monoplace, définir ses priorités en matière d’équipement, programmer le schéma d’organisation et d’intervention de toute l’équipe... User d’une stratégie constructive et gagnante lors de cette phase de préparation constitue un atout majeur pour une écurie qui prétend accéder au Championnat... Le recours à une technologie fiable grâce à un budget maîtrisé (1) et la définition d’une politique cohérente en matière de recrutement des pilotes (2) représentent ainsi deux axes essentiels d’une stratégie réussie.

1- Une technologie fiable grâce à un budget maîtrisé

Une technologie fiable... Chaque écurie doit développer une monoplace équipée de composants conformes en tous points au règlement technique émis chaque année par la FIA. Le strict respect des normes techniques imposées constitue un rempart efficace contre d’éventuels incidents lors du déroulement de la saison. La découverte de la non-conformité d’un élément de la monoplace au terme d’un Grand Prix peut s’avérer néfaste et compromettre la place au Championnat de l’écurie concernée. En effet, la FIA, prononce en règle générale des sanctions en cas de violation du règlement ou du code sportif international. L’actualité récente offre deux illustrations... En 2005, la Cour d’Appel de la FIA, statuant sur un appel formé par la FIA contre une décision prise par les commissaires de course au terme du Grand Prix de San Marin, a décidé que l’écurie Bar-Honda, qui avait installé sur ses monoplaces un double réservoir de carburant destiné à fausser le poids réel du véhicule, a violé les articles 1.9, 4.1, 4.2, 2.6 du règlement ainsi que l’article 151c du code sportif international. A titre de sanction, l’écurie a été suspendue de participation à deux Grands Prix.... Ou comment mettre en place une stratégie anti-succès... En 2006, la même Cour d’Appel de la FIA a décidé que l’écurie Mild Seven Renault F1 Team, en équipant ses monoplaces d’éléments de stabilisation nommés "mass dampers", a ainsi violé l’article 3.15 du règlement. Mais, étant donné que l’écurie avait procédé au retrait volontaire de l’élément litigieux dès les premiers soupçons, aucune sanction effective n’a été prononcée. Equiper sciemment une monoplace d’une pièce non conforme au règlement s’avère donc anti-stratégique pour deux raisons : D’une part, l’écurie prend le risque de se voir infliger une sanction susceptible de remettre en cause sa place dans le Championnat, et, d’autre part, le retrait de la pièce litigieuse et son remplacement par une autre, conforme à la réglementation, peut rendre la monoplace moins fiable et moins compétitive...

Renault-06


Chaque innovation technologique introduite sur une monoplace doit être protégée afin d’éviter l’effet d’imitation de la part des écuries concurrentes, ce qui implique la mise en place d’un système efficace de contrôle de la diffusion des informations technologiques. Ainsi, l’insertion dans les contrats de travail des ingénieurs, designers et techniciens participant à l’innovation technologique de strictes clauses de secret ou de confidentialité (dont le non respect est assorti de lourdes sanctions financières à fonction dissuasive), la présentation tardive au public et à la presse de la nouvelle monoplace, l’élaboration de plans de lutte efficaces contre la fuite des cerveaux vers la concurrence d’une saison à l’autre (certaines écuries proposent déjà à leurs cadres de participer au financement de l’écurie sur le moyen terme via un portefeuille d’actions, des stocks options ou un intéressement à la gestion) constituent des remparts efficaces contre le vol des données technologiques.

Grâce à un budget maîtrisé... En mars 2006, la FIA a rendu publiques ses conclusions relatives aux homologations pour la période de 2008 à 2010 : Les moteurs de Formule 1 sont "fonctionnellement stabilisés" jusqu’en 2010, dans un souci de limitation des coûts de développement. En outre, la réflexion technologique devra porter sur l’élaboration d’une motorisation hybride basée sur des dispositifs de stockage d’énergie, actuellement interdits et les constructeurs devront également axer leur recherches sur l’économie de carburant. Depuis plusieurs années, des voix s’élevaient au sein des écuries et du GPMA (Association de constructeurs en désaccord avec les instances de la FIA désireux de créer un Championnat parallèle) pour dénoncer l’incessante course à la technologie et à l’inflation inquiétante des budgets en conséquence. Certains managers, dont le plus éminent représentant est Flavio Briatore, ont souligné les dangers d’une telle pratique qui s’avère finalement plus néfaste que bénéfique à une discipline accusée de se "gadgétiser", de compromettre son authenticité, et d’entrer dans l’implacable logique du "big business", à l’instar du monde du football : Depuis 2000, plusieurs écuries se sont hissées à une place honorable au Championnat malgré un budget et une politique de recherche développement limités. Ainsi, l’ex Mild Seven Renault F1 Team, qui possède le 5ème budget de la Formule 1 a été sacrée deux fois Champion du Monde en 2005 et 2006. Sous l’impulsion de Louis Schweitzer, puis de Carlos Goshn, directeurs de la firme Renault, les managers ont pratiqué une politique de réduction de l’innovation technologique, un recours moins fréquent aux très coûteux essais privés sur le circuit de Jerez en Espagne (frais de transport très élevés des différentes infrastructures nécessaires à ce type de manifestation). Ils ont préféré recourir à la modélisation informatique et à la réalisation de tests dans leur unité d’étude équipée d’une soufflerie (également présente dans les ateliers d’autres écuries telles que Honda et McLaren) capable de reproduire de nombreux schémas d’utilisation d’une monoplace selon des paramètres variés... Depuis 2005, on assiste donc à l’émergence d’un rationalisme technologique consistant à mettre au point une technologie performante en réponse à des besoins strictement encadrés, et ce, aux meilleurs coûts.

Par Bénédicte Fort. http://www.FanaticF1.com/formule1/article4577.html


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