Partie IV : L’activité réglementaire et la politique réformatrice de la FIA en 2010
samedi 20 mars 2010, par Bénédicte Fort
Voici la dernière partie de notre dossier sur la Formule 1 : L’activité réglementaire et la politique réformatrice de la FIA en 2010...
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La difficulté majeure à laquelle la FIA est confrontée présentement reste la question des critères d’admission des nouvelles écuries désireuses d’intégrer le Championnat et du suivi de leur santé financière, une fois le recrutement établi. Max Mosley souhaitait que la Formule 1 accueille des équipes provenant d’horizons variés, qui s’affrontent technologiquement et sportivement à la fois des constructeurs automobiles et des structures indépendantes. En 2009, Toyota et BMW ont quitté la compétition, laissant des places vacantes et offrant l’opportunité à Max Mosley de mettre en pratique ses projets. Cinq nouvelles écuries ont été choisies, US F1 Team, Lotus F1 Racing, Manor GP l’actuelle Virgin Racing, Campos Meta 1 récemment rebaptisée HRT F1 Team et Sauber. Juste avant le premier Grand Prix de la saison 2010, le bilan est consternant : Plusieurs d’entre elles connaissent des problèmes de trésorerie récurrents, HRT F1 Team a bénéficié d’un sauvetage in extremis grâce à l’acharnement de José Ramon Carabante, désormais actionnaire principal, et au soutien discret mais efficace de Bernie Ecclestone. US F1 Team a définitivement plongé dans la faillite et s’est retiré de la compétition. Cette tentative de diversification résonne donc comme un échec et risque de créer une Formule 1 à deux vitesses, situation préjudiciable et déplorable pour une discipline fragilisée en quête de renouveau et de crédibilité. Certes la crise économique, ainsi que la dictature de
"l’écologiquement correct" ont représenté un contexte défavorable au développement de ces écuries en provoquant une stagnation, voire une baisse des offres de partenariat sur le marché du sponsoring, mais la raison fondamentale de cet échec réside plus sérieusement dans l’absence de critères rigoureux et efficaces dans le processus de sélection des candidatures.
La Formule 1 doit être considérée comme une discipline d’excellence, tant sur le plan technologique que sportif. Par conséquent, les critères d’admission pour y accéder en tant qu’écurie ou pilote devraient s’avérer drastiques. Ces derniers jours, la FIA, via un communiqué, a annoncé une réflexion sur la question de l’admission de nouvelles écuries. A ce sujet, il est possible de formuler quelques propositions inspirées du système adopté par le football anglais (Premier League et Football League), confronté dans les années 1990 à plusieurs faillites de clubs qui ont failli mettre en péril la pérennité de ces différents Championnats. Il faut écarter d’emblée la possibilité de transposer la pratique des sanctions sportives pour mauvaise gestion financière du club, se traduisant par un retrait de points au Championnat. Ce type de mesure a finalement un impact négatif sur la valeur sociale du club en sapant sa volonté de se maintenir sur le terrain et en l’entraînant dans la spirale dangereuse de la désaffection des supporters et par conséquent de la difficulté à générer des revenus. Ce type de pénalité porte également atteinte au principe d’intégrité sportive puisque les clubs perdent des points non à cause de leur démérite sportif mais du fait de leur gestion défaillante. En revanche la pratique du test de respectabilité ainsi que la création d’un Conseil de surveillance financière pourraient être efficacement transposées dans le secteur de la Formule 1. La Premier et Football League font en effet passer aux candidats désireux de créer ou de reprendre un club un test de respectabilité consistant en l’analyse détaillée de leur cursus et de leurs aptitudes à la gestion d’une entité sportive. Actuellement, le Sport Business Centre, Birbeck College, de l’Université de Londres, réfléchit, en collaboration avec les instances réglementaires de la discipline, à un renforcement et à un élargissement des critères du contrôle de la respectabilité, visant à évoluer vers un contrôle d’honorabilité. Non seulement le futur gestionnaire devra préciser ses motivations et références professionnelles, mais il aura également l’obligation de présenter un programme de développement précis, avec échéancier et dates clefs qui feront l’objet de contrôles réguliers par un organisme habilité. Si celui-ci constate le non-respect des engagements fixés dans le cadre de l’échéancier, il pourra ordonner l’éviction immédiate du club. Le niveau d’endettement de la structure fera également l’objet d’une analyse et d’un suivi approfondi afin de pallier toute éventualité de faillite en cours de création ou de reprise : L’apport effectif et immédiat de liquidités, ainsi que la signature de promesses fermes de sponsoring constitueront des garanties importantes et obligatoires. Etant donné qu’en Formule 1, les investissements en technologie, en infrastructure et en logistique sont très lourds, cette exigence pourrait revêtir un caractère important. De plus, en 2003, le football anglais a procédé à la création d’une Unité de conseil financier auquel est rattaché un comité d’expertise indépendant, chargée de surveiller la santé financière des clubs inscrits aux deux Championnats. Ainsi, il existe un suivi régulier de l’état des finances des clubs, qui permet d’anticiper tout problème et de résoudre les difficultés avant qu’il ne soit trop tard. La FIA pourrait également s’inspirer de cette mesure pour créer une autorité compétente en matière de surveillance financière des écuries, qui pourrait exercer une mission de prévention, de surveillance et d’intervention en cas de difficultés.
Parallèlement, la FIA devrait prohiber le rachat majoritaire d’écuries par des fonds d’investissement (par exemple : Renault F1 Team racheté par Genii Capital). Par essence, un fonds d’investissement recherche la maximisation du profit et la réalisation de substantiels bénéfices, finalité en inadéquation avec l’éthique sportive.
Plus généralement, est-il possible de spéculer sur une activité sportive ? La question se pose de manière récurrente et a suscité un vif débat lorsque dans les années 1990, des clubs de football ont émis la volonté d’être cotés en bourse. De nombreux clubs ont finalement opté pour ce mode de financement (Tottenham, Arsenal, Leeds, Juventus, Lazio Roma, AS Roma, Borussia Dortmund, etc...) et l’Olympique Lyonnais a été le premier club français à faire son entrée à la Bourse de Paris en 2007. En 1992, il a même été lancé un indice boursier, le Dow Jones Stoxx Football, qui permet de suivre le cours de bourse des clubs cotés.
Les succès ont cependant été rares : Newcastle, entré en bourse en 1996, a vu son action passer de 3 Euros à 0.60 Euros en 2006, soit une moins-value de 80%, pour finalement se retirer en 2007. La Juventus, entrée en bourse en 2001 a vu son action cotée 2.70 Euros perdre 70% de sa valeur. Elle se négocie aujourd’hui aux alentours de 0.80 Euros. Cet échec des clubs s’explique notamment par le destin plus incertain que les entreprises classiques, dont les mauvais résultats font par exemple planer la sanction fatale de la relégation ou une baisse sévère de l’image de marque. On peut donc émettre l’idée que le sport n’est pas une marchandise, une valeur négociable, mais plutôt un ensemble de moyens humains, techniques et financiers tendant à une seule finalité, à savoir la performance sportive. La réalisation de bénéfices doit être envisagée uniquement comme une conséquence de la réussite sportive et non comme le but essentiel du club ou de l’écurie, avant même la réalisation de prestations et d’exploits sportifs.
La FIA doit également engager de manière urgente une réflexion sur la pratique contestable des pilotes payants qui engendre un véritable dévoiement de la Formule 1. Le pilote n’est plus considéré comme le vecteur essentiel de la victoire en course et de la performance sportive mais comme un outil de financement de l’équipe. Il est patent que certains pilotes n’ont pas été recrutés pour leur excellente aptitude au pilotage mais pour leur capacité à apporter des liquidités à l’écurie, via la fortune familiale, un soutien politique ou le poids de sponsors. La Formule 1 se doit également d’être une discipline d’excellence au niveau sportif et doit adopter des critères de sélection et de recrutement des pilotes particulièrement rigoureux et fondés exclusivement sur leurs compétences et leurs qualités en matière de pilotage.