Test F1 chez Red Bull Racing - Les impressions de Sébastien Loeb
mardi 18 novembre 2008, par Fanatic F1
Fût-il rouge, Sébastien n’a pas reculé à l’instant de saisir le volant du taureau mécanique. Même pas peur et même mieux : 8ème temps de cette journée d’essais, au mufle des jeunes postulants à la catégorie reine et à la barbe des toreros aguerris de ces musculeuses machines. De retour de l’arène barcelonaise, l’habit de lumière rangé, le quintuple Champion du Monde des rallyes nous livre ses impressions vécues dans le baquet de la Red Bull RB4...
© Copyright Red Bull Racing 2008
Comment t’es-tu préparé à cet essai ?
Sébastien Loeb : " J’ai fait un peu de musculation de la nuque et du cou sachant que ça allait être dur, mais c’était clair que ça ne suffirait pas. J’ai aussi intensifié les footings pour travailler un peu le cardio, du karting, et puis voilà, grosso modo. Ce n’était pas évident car j’avais pas mal de trucs à faire et le temps pour m’entraîner, je l’ai pris comme j’ai pu. Mais ce n’est pas en un mois qu’on se prépare pour ces efforts incroyables : En F1, le grip dans les courbes, c’est hallucinant. "
Comment as-tu vécu cette journée ?
Sébastien Loeb : " Pas mal ! J’ai été assez rapidement dans des temps corrects on va dire. Ensuite, on a modifié les réglages parce que je trouvais la voiture trop incisive, j’avais tendance à la mettre en travers à l’entrée des virages. On a travaillé pour la stabiliser, avec moins de grip à l’avant et je sentais que je roulais de mieux en mieux. Mais finalement ce n’était qu’une impression car je n’arrivais pas à améliorer mon meilleur temps. On a atténué la nervosité de la voiture par un autre système et on est revenu à l’appui aéro de départ. Du coup, ça allait vraiment en s’améliorant et en fin de journée, sur les derniers
"runs", le
"feeling" était vraiment bon, les temps étaient pas mal et j’arrivais à sentir encore où j’en lâchais. On a bien progressé toute la journée, on a bien bossé sur le set-up avec les ingés, vraiment, c’était une super journée. "
Tu dis avoir souffert physiquement, mais tu as quand même fait 82 tours ?
Sébastien Loeb : " Physiquement j’en ai
"chié" c’est sûr ! Mais ces 82 tours, je les ai fait en séries de 8 à 10 tours ce qui m’a permis de tenir toute la journée. J’avais aussi mis des
"paddings", des points d’appuis en mousse de chaque côté du cockpit, pour pouvoir reposer ma tête dans les virages du circuit les plus exigeants, sinon c’était trop dur ! Il va falloir dormir un petit peu avant de recommencer. "
Confronté à ce grip peu habituel, trouves-tu difficile de cerner la limite de la voiture ?
Sébastien Loeb : " C’est d’autant plus fin effectivement. Quand tu es à 320 km/h au bout de la ligne droite, que tu vois le panneau des 100 mètres et que tu freines après, ça commence à faire très très tard. Tu tapes les freins comme un fou, tu ne bloques même pas les roues et la décélération est vraiment impressionnante. Alors tu te dis que la limite doit être un peu plus loin encore. Pareil pour les passages en courbe à haute vitesse. "
Commences-tu quand même à avoir quelques repères, notamment avec ton expérience des protos ?
Sébastien Loeb : " Ce n’est pas le même monde, c’est vraiment un
"step" au-dessus. J’ai roulé ici, il y a 15 jours pour prendre en main la Peugeot 908 HDI FAP en prévison de ma séance du 27 novembre au Castellet. J’ai tourné en 1’36 / 1’37 au tour, alors qu’aujourd’hui, j’étais en 1’22 : La différence est énorme ! Maintenant, cette expérience circuit ne peut-être que bénéfique. "
Est-ce que rouler dans le trafic a été difficile et t’es-tu fait quelques chaleurs ?
Sébastien Loeb : " Non. Et puis, je n’ai pas vraiment roulé dans le trafic en fait. J’essayais de faire des temps, et comme ce n’est pas la course, je me rangeais quand un gars me rattrapait, et quand je rattrapais un gars, il se poussait à son tour pour faciliter le dépassement. "
Sébastien Loeb qui remonte sur des gars en F1, c’est énorme non ?
Sébastien Loeb : " Ben écoute, heu… C’est bien non (rires) ? "
Quels ont été les moments forts et les moments moins plaisants de cet essai ?
Sébastien Loeb : " J’ai tout aimé ! Parce que c’est super enrichissant pour moi, c’est une remise en question totale, à tous les niveaux. Ce n’est pas avec les 20 tours que j’avais faits l’an passé avec la Renault, avec un set-up standard et des pneus d’exhibition, ou les quelques tours avec la Red Bull la semaine passée à Silverstone sous la flotte, qui me donnaient une grosse expérience. Il a fallu travailler sur les acquisitions, voir où j’en perdais, où je pouvais en remettre un peu, jouer sur les réglages pour me sentir bien dans la voiture… Non, il n’y a aucun moment que je n’ai pas aimé, sauf peut-être un : Quand ça s’est terminé ! "
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Bon, et ton meilleur moment alors ?
Sébastien Loeb : " Difficile à dire. Probablement quand j’étais dans des
"config" avec peu d’essence et des pneus neufs, que le but était de faire un chrono. Là, j’essayais d’optimiser au maximum tout le tour. Ça me plaisait, mais en même temps, c’était un peu
"chiant" parce qu’avec les pneus neufs, après le tour de sortie, il y deux tours où tu profites du grip des pneus et après ça baisse, tu ne peux plus améliorer. Moi, c’est souvent au troisième tour que j’allais le plus vite, car il me fallait bien deux tours pour prendre la mesure du grip. Ça c’est l’expérience. On t’enlève un peu d’essence alors tu peux freiner un peu plus tard, mais de combien ? Moi j’en sais rien. Tu as plus d’essence, il faut que tu soulages un peu plus, etc… Tout ça, il fallait que je le découvre en même temps. J’améliorais mes chronos, mais à la fin je sentais que je pouvais faire encore mieux car le feeling allait crescendo. "
Où situes-tu tes plus grandes marges de progression ?
Sébastien Loeb : " Sur quelques freinages où il y a entre 5 ou 15 mètres à gagner. Mais j’étais gêné par un manque de mordant dans les freins par rapport à mon propre feeling. Je tapais les freins super fort en bout de ligne droite et je n’arrivais pas à bloquer les roues. Je n’optimisais pas mon début de freinage. Il y a aussi les deux virages les plus rapides du circuit où j’en lâchais un petit peu trop. Mais sur la fin, par rapport à Buemi qui a fait les meilleurs temps du jour, il me restait 6 km/heures à chercher. Lui devait être à 248 et moi à 242 km/h. Il m’en mettait un peu sur les freinages, mais dans les autres virages, j’étais quasiment comme lui. Le pire, c’est que je sens où j’en laisse, où j’ai encore du temps à gagner. Avec un peu plus de roulage, mes chronos devraient être pas mal. "
Quels ont été tes rapports avec l’équipe ?
Sébastien Loeb : " Très bons ! Ils ont été agréablement surpris je crois ! Déjà, ils pensaient tous que j’allais faire 40 tours et que ce serait terminé. Et puis au niveau des temps, ils ne s’attendaient à ce que je sois aussi bien. Tout le monde était content dans l’équipe et c’était sympa. On a fait du bon travail et c’était aussi le but, faire une bonne séance d’essai qui leur apporte de l’expérience, des données. Mes analyses étaient conformes à ce qu’ils voyaient à la télémétrie, bref, on a bien bossé quoi. "
Une carrière de pilote de développement en F1 s’ouvre à toi ?
Sébastien Loeb : " (Rires) Moi je veux bien ! "
Entre ton précédent essai avec une F1 encore équipée des assistances électroniques et la Red Bull 2008 qui en est dépourvue, as-tu senti la différence ?
Sébastien Loeb : " Oui, ne pas avoir
"l’antipat" rend la voiture beaucoup plus difficile à conduire ! En sortie de virage lent avec la Renault, tu mettais gaz à fond et tu ne t’occupais de rien. Avec la Red Bull, il faut être super soft sur l’accélérateur ! En 3ème ça va encore, mais en
"2", il faut charger en douceur pour ne pas se mettre en glisse et perdre du temps. Le plus traître, c’est dans les grandes courbes rapides. Avec l’antipatinage, quand la voiture commence à décrocher, le dispositif contrôle la glisse en douceur, presque insensiblement pour le pilote. Là, quand elle part à 240 km/h en plein appui, tu sens d’un coup l’arrière qui vient et ça c’est super fin ! C’est super réactif, super vif sans trop déstabiliser la voiture non plus… Sur des trucs comme ça, l’assistance électronique rendait les choses beaucoup plus faciles, c’est clair ! "
Le 8ème chrono, c’est quand même une sacrée performance ?
Sébastien Loeb : " Oui, personne ne m’attendait là en fait. La plupart des jeunes pilotes qui prétendent à un volant en F1 l’an prochain sont quand même derrière ! En plus Barcelone est le principal circuit d’essai de la F1. Les pilotes connaissent par cœur. Je connais à peine le circuit et encore moins la voiture. J’arrive à faire des temps raisonnables, à 2/10ème de Kubica, et en plus je sais où j’en perds. Alors oui, je suis plutôt content de ce que j’ai fait. Je ne m’attendais pas à être devant, faut pas rêver, mais j’espérais bien ne pas être trop loin derrière. "
Te sens-tu capable de courir un Grand Prix si on t’en donne l’occasion ?
Sébastien Loeb : " Pas demain ! Il faut que je fasse un peu d’entraînement physique ! "
Alors : Red Bull / Loeb, c’est signé ?
Sébastien Loeb : " Oui… En rallye ! "