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Beppe Gabbiani et sa crazy life

vendredi 7 mars 2008, par Thierry Le Bras


" Mes meilleurs souvenirs en F1 ? Les femmes " plaisante Beppe Gabbiani… " Conduisant une Osella, je ne pouvais pas avoir d’autre aspiration. "


Le pilote qui tient ces propos pleins d’humour méritait pourtant une belle carrière dans la discipline reine. Car si chez les plus jeunes, le nom de Beppe Gabbiani évoque d’abord l’endurance et les 24 Heures du Mans, les quinquagénaires se souviendront que le sympathique et rapide italien fut d’abord un pilote de monoplaces qui sut conquérir deux opportunités en Formule 1. Mais voilà, comment s’exprimer au plus haut niveau sans un bon matériel ?

Ex-pilotes

© Beppe Gabbiani


Une ascension fulgurante

La course automobile, Beppe Gabbiani est tombé dedans quand il était petit. " Mon père était un vrai passionné " raconte-t-il. " Je l’accompagnais voir des Grands Prix, mais aussi des courses d’endurance et des épreuves de voitures de tourisme. J’aimais beaucoup Johnny Servoz Gavin et Jochen Rindt, mais j‘appréciais aussi les autres pilotes. "

Que fait un adolescent amateur de vitesse sur quatre roues et de compétition ? Du kart bien sûr. Beppe Gabbiani n’échappera à la règle. Il commence la compétition à 14 ans avec la bénédiction de son père. " Ma famille m’a beaucoup soutenu " témoigne-t-il. " Et je me suis consacré à la course plus qu’aux études. "

Il faut dire que le jeune Beppe Gabbiani brille très vite sur les circuits. Il remportera notamment deux titres de Champion d’Italie, deux titres de Champion d’Europe, et un titre de Champion international junior. " J’ai toujours couru pour chercher à gagner, pas pour m’amuser " affirme le compétiteur. Le ton est donné. Beppe Gabbiani est un guerrier. Il va le prouver dès son passage à la monoplace. En 1977, à l’âge de 20 ans, il découvre la F3 et remporte sa première course sur le circuit Paul Ricard. Plusieurs podiums suivront, ainsi qu’une victoire à Magione en Championnat italien et une autre à Silverstone dans le cadre du BRDC. Une première saison tonitruante qui lui vaut d’accéder à la Formule supérieure l’année suivante.. Il pilotera une Chevron Ferrari F2 et fera équipe avec une star, Giacomo Agostini.

A la fin de l’été 1978, un autre échelon s’offre à Beppe Gabbiani. Après un Grand Prix de Monza de sinistre mémoire car marqué par la disparition de Ronnie Peterson, John Surtees organise des tests à Goodwood. Beppe Gabbiani se montre le plus rapide. Ce sera lui le remplaçant de Rupert Keegan au Canada et aux États-Unis. Seul problème, si John Surtees est un homme exceptionnel, il manque de moyens et sa TS 20 souffre de la comparaison avec la plupart des autres voitures du plateau. Le jour de sa victoire en F3 à Monaco en 1977, Didier Pironi a décliné l’offre de John Surtees pour 1978 car il ne croyait pas dans le potentiel de l’écurie malgré son estime pour l’homme qui la dirigeait. Beppe Gabbiani connaît aussi les difficultés que rencontre l’équipe de l’ancien Champion du Monde de moto et de F1. Il espère tout de même que deux Grands Prix en F1 l’aideront à se faire connaître, même dans une écurie de fond de grille.

Mais la situation chez John Surtees s’avère encore plus grave que prévu. Beppe Gabbiani ne parvient pas à se qualifier. Il assiste au chant du cygne de l’équipe qui ne s’alignera plus en F1 l’année suivante.

Une seule solution pour Beppe Gabbiani, revenir en Formule 2. Un choix opportun puisqu’il se classera 5ème du Championnat 1979 et se verra proposer un volant pour la saison de F1 1981. Seul souci, si une équipe italienne lui fait confiance, ce n’est pas la prestigieuse Scuderia qui aligne alors le fantastique duo Didier Pironi - Gilles Villeneuve, mais le team Denim Osella qui n’a pas fait ses preuves au plus haut niveau. Beppe Gabbiani ne rencontre aucun problème d’adaptation à la F1. " J’avais connu les jupes en Formule 2 durant les saisons 1979 et 1980. J’avais été pilote d’usine March et Maurer, effectué de nombreuses séances d’essais. Et puis à 23 ans, tu n’as peur de rien. "

Ex-pilotes


Pas de salut en dehors des Top Teams

Tout au long de l’année 1981 pourtant, Beppe Gabbiani va mesurer ce qui sépare son équipe d’un Top Team.

Il ne se qualifiera que trois fois, au Grand Prix des USA Est, à Saint-Marin et à Zolder. Et il ne verra jamais l’arrivée. Une sortie de piste, un accrochage et une défaillance moteur le priveront de ce bonheur. Que les lecteurs ne s’y trompent pas. Non-qualification ne signifie pas défaillances du pilote, mais seulement mauvaise voiture. D’ailleurs, parmi les non-qualifiés en 1978 et 1981, années où Beppe Gabbiani participa au grand cirque de la Formule 1, des noms prestigieux figurent sur la longue liste des non-qualifiés. Parmi eux Clay Reggazzoni (Shadow), Rolf Stommelen (Arrows), Arturo Merzario (Merzario), Eddie Cheever (Tyrell), Derek Warwick (Toleman), Derek Daly (March) et même un futur Champion du Monde, Keke Rosberg (Fittipaldi). Le talent de Beppe Gabbiani n’est pas en cause. Son sérieux non plus, pas plus que sa condition physique. " A cette époque-là, j’étais plus mince qu’aujourd’hui " se souvient-il. " Je faisais beaucoup de gymnastique et de vélo. " Ni son sens de l’attaque, ni son cœur au volant. D’ailleurs, ce garçon aime les pistes les plus rapides, les circuits d’hommes. " Mes circuits préférés furent Spa et le vieux Silverstone " confirme-t-il.

Beppe Gabbiani conquiert l’estime des autres pilotes. " Je me suis même fait des amis en F1, mon équipier Jean-Pierre Jarier, mais aussi mes compatriotes Michele Alboretto, Elio De Angelis, Buno Giacomelli… Je connaissais les trois quarts des pilotes. J’en avais croisés beaucoup en kart quelques années plus tôt. " Beppe Gabbiani méritait sa place parmi ses pairs. Seulement, il a débuté dans la plus dure des disciplines avec une mauvaise monoplace. Fin 1981, il le paye au prix fort en se retrouvant sans volant.

Réaliste, il se rend compte que le milieu ne traite pas Osella comme les grandes équipes. " Je l’ai compris dès le premier Grand Prix de l’année à Long Beach. Lors de la séance de qualifications du samedi, je suis Villeneuve dans la descente et je fais un tête à queue. Je laisse ma voiture immobilisée au milieu de la piste. Je pense que les commissaires vont arrêter la séance. C’est ce qu’ils ont fait la veille lorsque Villeneuve s’est trouvé dans la même situation. Seulement moi, j’étais pilote Osella, pas Ferrari. Les commissaires ont rangé ma voiture sur le côté de la piste derrière les barrières avec un drapeau jaune sur le volant. Et moi, j’ai passé cinquante minutes au bord de la piste à regarder la fin des qualifications. J’étais tout de même qualifié, mais sur la dernière ligne. "

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Le temps de la réorientation

Écarté de la F1 fin 1981, Beppe Gabbiani fait une nouvelle fois un choix courageux. Il va montrer à tout le monde que la concurrence ne lui fait pas peur, qu’avec une voiture compétitive, il sait gagner. Il repart en Formule 2 chez Maurer. Puis, il rejoint March Onyx l’année suivante. Les résultats ne se font pas attendre. Quatre victoires lors des cinq premières courses, dont celle du Nürburgring qui, aujourd’hui encore, reste l’un de ses meilleurs souvenirs. " Tout le week-end, j’ai été très vite, sur le sec comme sous la pluie, et j’ai effectué de beaux dépassements. "

Malgré ces performances, le monde impitoyable de la F1 n’offrira plus d’autre opportunité à Beppe Gabbiani. " La chance, c’est comme dans la vie " constate-t-il aujourd’hui. " Il faut la suivre. Parfois, c’est elle qui te trouve … Ou non. "

Le talent de Beppe Gabbiani ne restera pas inemployé pour autant. Comme plusieurs autres pilotes de sa génération, il est éclectique. Aussi pilotera-t-il aussi en Procar, au Mans, en tourisme, en ISRS, en LMES. Ses supporters le verront au volant de BMW M1, de Lancia Beta et LC2, de Ford Sierra Cosworth, de BMW, de Lamborghini, de VW, de Toyota, de Skoda, de Dome… A l’écart de la F1, Beppe Gabbiani a retrouvé le chemin des places d’honneur et des podiums. Un regret concernant les 24 Heures du Mans toutefois. " J’adore l’idée de courir au Mans " rapporte-t-il. " Mais toutes les fois que j’ai participé à cette course, j’ai connu de grands soucis, de graves problèmes. J’admire beaucoup les pilotes qui l’ont gagnée plusieurs fois. " Pourtant, Beppe Gabbiani n’a jamais pris le départ avec le numéro 17, un chiffre qu’il n’aime pas et qui représente la seule superstition qui le dérange vraiment.

A 51 ans aujourd’hui, Beppe Gabbiani conserve toujours la même passion pour la course. " Je ne rate pas une course à la télévision. " Au quotidien, il aime rouler en Mercedes.

Interrogé sur l’évolution de la mentalité en F1, il reconnaît que la discipline était plus humaine à son époque. " La jeune génération est tellement loin de ma façon de penser et de vivre que je ne porte pas d’appréciations " témoigne-t-il. " D’autant que ma vie personnelle a été plutôt rocambolesque, trois enfants, trois femmes différentes… "

Quel avenir pour Beppe Gabbiani ? " Je n’ai pas d’objectifs précis en sport automobile " répond-il. " Pour moi, 2008 sera une année de réflexion. Je ne compte pas courir, même pas au Mans. "

Il existe aussi une vie en dehors de la course automobile. Beppe Gabbiani s’intéresse à l’art, aux peintres, à la sculpture. Il aime voyager et découvrir de nouveaux horizons. Il sait mettre ses compétences et son expérience au service du business et l’a démontré en s’occupant d’une agence de publicité et de sponsoring en Italie pendant une dizaine d’années.

Le reverrons-nous derrière un volant en course ? Espérons le. Je serai le premier à l’y inciter. Pourquoi ne participerait-il pas au moins au Mans Classic cette année ?

Pour l’heure, Beppe Gabbiani prépare la sortie de sa biographie intitulée "My crazy life". Pourquoi ce titre ? " Parce que qui me connaît ne peut pas dire différemment ! " répond l’intéressé. Un livre à lire dès son arrivée en librairie, prévue pour la seconde semaine de mars en Italie et courant 2008 en France.

L’album photos de Beppe Gabbiani...


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Avec tous mes remerciements à Beppe Gabbiani qui a très gentiment accepté de répondre à mes questions et de consentir en outre l’effort de s’exprimer en français qui n’est pas sa langue maternelle.




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