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 7Red Bull29
 8Williams26
 9Honda14
 10Super Aguri0
 -Force India0

Didier Pironi : Son arrivée en F1

mercredi 29 août 2007, par Thierry Le Bras


" Ma première proposition en F1, c’est John Surtees qui me l’a faite indirectement " témoigne Didier Pironi. " J’y ai répondu d’une manière négative parce que j’estimais que c’était une écurie dans laquelle j’avais beaucoup à perdre et en tout cas pas beaucoup de moyens de m’exprimer. J’ai donc renoncé à ma première proposition en F1. "


Nous sommes le 21 mai 1977. Les fantastiques succès de Didier Pironi en Formule Renault Europe lui ont valu d’être engagé directement en Formule 2 par Tico Martini sans passer par la case. F3. La saison s’annonce pourtant difficile. Didier affronte plusieurs pilotes qui deviendront également des vedettes de la Formule 1, notamment René Arnoux, Keke Rosberg, Eddie Cheever et Jochen Mass. Et surtout, les Martini-Renault manquent cruellement de compétitivité en début de saison face à leurs concurrentes motorisées par BMW. Didier Pironi se classe cependant fréquemment aux places d’honneur et remportera une course.

Ex-pilotes



- Un pari osé
Une idée brillante germe dans l’esprit de Didier Pironi. En plus de son programme de Formule 2, il s’engage dans la course de Formule 3 disputée en prologue du Grand-Prix de Monaco. " Connaissant la notoriété de cette course et ce qu’elle pouvait m’apporter en cas de victoire, j’ai demandé à Tico Martini qui n’avait plus fait de Formule 3 depuis deux ou trois ans de me construire une voiture. Je travaillais à l’époque chez Tico. J’étais pilote de F2 sur une Martini-Renault. C’est une anecdote marrante de raconter que cette voiture a été prête à peu près quatre jours avant la première séance d’essais à Monaco. J’ai pu faire vingt tours à Magny-Cours avant de la mettre en vitesse dans un camion et de la descendre à Monaco juste à temps pour effectuer les essais. Pour moi, c’était un pari osé. Tel que c’était parti et organisé, c’était très, très risqué. Quand nous sommes arrivés à Monaco, nous nous sommes aperçus que la voiture marchait relativement bien. " L’impression se confirme. Didier remporte sa première et unique course en Formule 3 devant le gotha de la Formule 1. Car c’est une tradition, ceux qui comptent dans l’univers très fermé de la Formule 1, les décideurs qui choisissent les pilotes qui deviendront les acteurs vedettes de la discipline reine, suivent de près les courses de F3 (et aujourd’hui celle de GP2) qui se déroulent la veille du prestigieux Grand-Prix. C’est donc en sortant de sa voiture qu’il vient d’immobiliser au pied du podium que Didier Pironi qui vient tout juste d’enlever son casque et s’apprête à essuyer son visage trempé de sueur avec sa cagoule reçoit la proposition de John Surtees qu’il va refuser.


- Jacky Stewart, le conseiller
" Je vais souvent consulter Jacky Stewart quand j’ai des problèmes de choix ou de problèmes d’avenir " déclare Didier. " Je suis allé le voir et il m’a donné quelques conseils "
" T’en fais pas, ne prends aucune décision sans me le dire" tempère le Champion écossais. " Je suis certain que tu auras des bons contacts en Formule 1 et certainement un contrat intéressant. "
" Quand il m’a dit ça, j’ai tout de suite pensé à Tyrell" analyse Didier. " Car je savais que qu’il était très proche de Ken Tyrell et qu’il était même un de ses conseillers. "
En 1977, Tyrrell fait courir l’originale monoplace à six roues conçue par Derek Gardner. En théorie, les quatre petites roues directrices qui composent le train avant doivent optimiser le compromis entre l’adhérence au sol et le coefficient de pénétration dans l’air. En pratique, cette solution originale n’apporte pas l’avantage escompté, sans doute en partie par la faute de gommes inadaptées à cette particularité. Mais les Tyrrell pilotées par Peterson et Depailler enregistrent toutefois des résultats honorables. Et tout le monde croit l’Oncle Ken capable de ramener son écurie vers les sommets. Jacky Stewart ne s’est pas trompé. Elf, qui soutient Didier Pironi depuis ses débuts, juge qu’il est mûr pour accéder à la F1. Ronnie Peterson quitte l’écurie Tyrrell pour aller défendre les couleurs de Lotus. Didier reçoit un appel téléphonique de Ken Tyrrell.
" Si tu viens en Angleterre, nous pourrions nous voir cinq minutes. "
" J’ai volé là-bas à tire d’aile et j’ai reçu ma première proposition intéressante en Formule 1 " expose Didier. " Ken Tyrrell, pour moi, représentait beaucoup de bonnes choses et j’ai signé sans hésiter un contrat de deux ans qui me satisfaisait complètement. Je ne me voyais pas gagner tout de suite en Formule 1. En effet, je n’étais de toute façon pas mûr. Je ne voyais pas en Tyrrell la meilleure écurie de F1, mais je n’avais pas un choix étendu. Je pensais trouver dans cette écurie, et surtout à travers cet homme, un moyen d’apprendre très vite et très bien mon métier de pilote de F1, et je n’ai pas été déçu du tout parce que, psychologiquement, Tyrrell connaît beaucoup de choses au niveau de l’apprentissage des pilotes et je crois que j’en ai énormément tiré partie. "

Ex-pilotes



- Le baptême du feu
Didier Pironi découvre la F1 sur le circuit Paul Ricard qu’il connaît bien. " Comme premier contact, c’était plutôt déroutant " commente-t-il. " J’ai piloté la six roues. J’ai fait une vingtaine ou une trentaine de tours seulement avec cette voiture. "
Le vrai baptême du feu aura lieu avec la 008. Tyrrell revient à une voiture traditionnelle à quatre roues au lieu de six. A la suite de divergences apparues l’été précédent avec Gardner, Oncle Ken a confié la réalisation de sa nouvelle arme à Maurice Philippe. Autant l’avouer, la Tyrrell 008 ne tiendra pas ses promesses. Elle se révélera lourde, difficile à régler comme à conduire. Mais Didier Pironi ne le sait pas encore au moment où il s’apprête à disputer son premier Grand-Prix en Argentine au mois de janvier 1978. " Ma première séance d’essais officiel fut quelque chose d’assez exceptionnel " confesse-t-il. " Il faut penser que je me suis retrouvé du jour au lendemain avec tous les gens qui me faisaient rêver quelques années plus tôt et que je considérais comme des héros. Je me retrouvais d’un seul coup avec eux sur la même piste lors d’une séance officielle sur le circuit de Buenos Aires que je ne connaissais pas. Vis à vis de Tyrrell, j’avais le devoir de me qualifier. J’étais coéquipier de Patrick Depailler. Nous nous sommes retrouvés tous les deux en dernière ligne. La voiture marchait en effet très, très mal. J’étais relativement surpris de ma performance par rapport à celle de Patrick. Il n’y avait pas que moi qui étais surpris. Bref, l’essentiel était de réussir à nous qualifier tous les deux pour la course. J’ai donc couru mon premier Grand-Prix. "

Oncle Ken fixe un objectif clair à son poulain : " Tu dois terminer cette course. Tu conduis à la vitesse que tu veux, mais je veux que tu termines la course. " Didier va s’efforcer de suivre la consigne.
" J’ai pris un départ très prudent. J’ai fait les premiers tours très sagement. Et puis j’ai vu qu’un Grand-Prix de Formule 1, c’était difficile. C’était long, surtout qu’il faisait très chaud et que la voiture avait une direction très lourde. J’ai beaucoup souffert ce jour-là. D’abord psychologiquement, en me disant que j’avais énormément à apprendre, beaucoup plus que je ne l’imaginais en tout cas. Et ensuite physiquement, parce que je n’étais pas très entraîné. J’avais fait très peu d’essais. Ce fut vraiment très dur. " Andretti au volant de la fameuse Lotus 78 à effet de sol remporte la course devant Lauda. Didier Pironi remplit son contrat. Il termine son premier Grand-Prix à un tour des leaders. Pour son équipe, Didier a mené sa tâche à bien. Mais lui ne se sent pas satisfait. " Content de terminer, mais déçu pour plusieurs raisons. D’abord le sentiment d’avoir tellement à apprendre. J’imaginais que c’était un peu plus facile. De plus, ma relative mauvaise performance pas rapport à Patrick m’affectait aussi. Je pensais que je serais plus près des meilleurs. A ma décharge cependant, la voiture était mauvaise. C’étaient les premiers tours de roues que je faisais dedans, et je n’étais encore familiarisé ni à une F1, ni à cette voiture particulièrement difficile. J’avais donc pas mal de circonstances atténuantes. Mais j’étais vraiment déçu. "

S’il a encore beaucoup à apprendre, Didier Pironi se montrera un élève appliqué et doué. Comme au lycée, comme à l’école d’ingénieurs, comme à l’école de pilotage, comme dans les formules de promotion , il apprendra méthodiquement, patiemment et intelligemment tout ce qui permet de s’affirmer parmi les meilleurs. Et les résultats ne tarderont pas à concrétiser son ascension vers les sommets.


Vous pouvez retrouver le blog de Thierry Le Bras à cette adresse : Circuit Mortel



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