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Didier Pironi - Rallymanlundi 27 août 2007, par Thierry Le Bras Les pilotes automobiles font partie des derniers aventuriers des temps modernes. Parmi eux, certains laissent un souvenir particulièrement vif, d’une part par leurs palmarès, et d’autre part du fait de personnalité d’exception. Didier Pironi fait partie de ces hommes. Il fut près de devenir le premier Champion du Monde français et aurait mérité cette consécration. Ses victoires soulevèrent l’enthousiasme des amateurs de sport automobile, tandis que son charisme joua un rôle important dans la médiatisation de sa discipline... Didier nous a quittés le 23 août 1987, il y a presque 20 ans. Cet été, en hommage à cet immense Champion, nous évoquerons régulièrement des épisodes de sa vie comme nous l’avions annoncé en présentation du texte mis en ligne le 10 juin dernier racontant sa première participation aux 24 Heures du Mans au volant d’une Porsche 934.
Didier Pironi fut un enfant calme, intellectuellement curieux, un bon élève. Les cours de physique et de mathématiques recueillaient ses faveurs. Une fois le bac obtenu, il entame des études supérieures et s’inscrit à l’École des Travaux Publics. Une volonté de fer se dissimule déjà derrière l’apparence presque lymphatique du jeune Didier. Dès son adolescence, il devient un sportif éclectique et complet. Avant de se consacrer à l’automobile, il pratique l’athlétisme, le judo et la natation avec succès, obtenant notamment un titre de Champion de Paris Universitaire sur 100 mètres nage libre. Une apparence rassurante donc, mais aussi un tempérament de feu. Didier a un demi-frère, José Dolhem, avec qui il s’entend à merveille. José est six ans plus vieux que lui et roule en R8 Gordini. Bien avant l’âge du permis, l’aîné initie le cadet à la conduite et au pilotage. " Avec la Gordini, nous avons vécu des nuits entières sur les routes et parcouru des milliers de kilomètres " racontera Didier quelques années plus tard. " Parfois, José me laissait le volant et devenait pour un temps le super moniteur d’une super auto-école. Il me conseillait, m’expliquait le pourquoi et le comment, corrigeait mes défauts… " Didier possédera également plusieurs motos qu’il conduira toujours à la limite. Jean-Claude Guénard lui proposera même de l’inscrire au Bol d’Or, mais il se heurtera au veto absolu de sa mère et de son beau-père. A l’époque, la majorité n’est encore accordée qu’à l’âge de 21 ans. Impossible de courir avant sans l’autorisation écrite d’un de ses parents. L’ambiance des stands n’a pourtant plus de secrets pour Didier. Dès l’obtention de son permis, José s’est engagé dans l’opération Ford jeunesse. Il y a révélé un talent qui lui a permis de gravir rapidement les échelons des formules de promotion. Naturellement, Didier suit son aîné sur tous les circuits. Il joue les mécanos et commence à cerner la nécessité de mettre parfaitement sa voiture au point pour remporter des courses. Il côtoie les meilleurs pilotes du moment tels que Jim Clark ou Jean-Pierre Beltoise. L’atmosphère enfiévrée des stands et des paddocks fait naître la passion dévorante qui ne le quittera plus. Adolescent, Didier vibre au son rageur des échappements des monoplaces, vit la course au rythme d’une équipe, apprend la joie qui accompagne les bonnes performances et la tristesse des soirs de défaite. Aujourd’hui, les pilotes de F1 ne s’engagent pas dans d’autres disciplines. La Formule 1 est devenue totalement exclusive. Les contrats des pilotes et des emplois du temps très serrés leur interdisent de toucher à d’autres catégories d’épreuves. Didier fit partie des derniers pilotes éclectiques, ceux qui prenaient plaisir à courir en endurance, en Procar, et même dans des épreuves de voitures de tourisme et de VHC. Sa prédilection, c’était le circuit. Pourtant, à deux reprises, Didier s’engagera en rallye. Sans doute par pur plaisir de pilotage, car ces opérations ne servaient pas vraiment sa carrière. A l’automne 1972, Didier remporte le Volant Elf sur le circuit Paul Ricard. " Je vais suivre les cours d’une école de pilotage. Si je réussis, j’arrête mes études " a-t-il annoncé à sa mère quelques semaines plus tôt. C’est son choix de carrière. Didier n’est pas en difficulté dans ses études, au contraire. Il a 20 ans et entre en troisième année à l’École des Travaux Publics. Seulement, il a décidé de vivre sa passion de la course et d’en faire son métier. " Curieux personnage que Pironi " confiera au début de l’année 2007 François Guiter à Patrick Camus d’Auto Hebdo. " Visage poupon, homme cultivé, brillant, et fou de vitesse, amoureux du risque, toujours à la limite… Son demi-frère José Dolhem, également pilote, était de la même trempe… " Sans doute est-ce cette passion absolue de la vitesse qui décide Didier à s’engager au Grand National Tour Auto comme navigateur du photographe américain Jacques Hoden. L’épreuve comporte des épreuves spéciales sur route, comme tout rallye traditionnel, et des épreuves sur circuit.
Les deux hommes disposent d’une Ford Capri 2600 RS groupe 2 engagée par Jean-François Piot. Les informations sur cette course sont difficiles à obtenir aujourd’hui. Didier Pironi et Jean-François Piot ont disparu. Jacques Hoden vit, je crois, aux États Unis. J’ai contacté plusieurs pilotes qui disputèrent cette épreuve, notamment mon copain Pierre Prié. Mais comme à l’époque, Didier Pironi était encore un inconnu, les autres concurrents n’avaient pas fait attention à lui. Un magazine a cependant publié que, parti comme navigateur, il termina le rallye au volant. Sans doute trouva-t-il que son équipier n’était pas assez rapide ! L’équipage Hoden–Pironi se classera finalement 72ème au général. Le classement semble mauvais compte tenu du fameux coup de volant de Didier. Mais il convient d’apporter deux précisions. D’une part, nous ne connaissons pas la position de la voiture au moment où Didier prit le volant (j’ai trouvé le classement général final, mais pas le classement de chaque spéciale et de chaque épreuve sur circuit). D’autre part, le Grand National durait cinq jours, du 20 au 24 septembre 1972. Sur une épreuve aussi longue, de nombreux aléas peuvent ralentir l’équipage et le faire rétrograder assez loin (problème mécanique, pénalité, conséquences d’une sortie de route). Il est possible que Didier et son équipier aient choisi de poursuivre le rallye pour le plaisir du pilotage malgré tel un problème. Didier a grandi depuis le volant Elf. Comme pilote, et aussi comme homme d’affaires. En 1974, il a décidé d’organiser sa propre structure. " Si vous me faites confiance " a-t-il déclaré à François Guiter. " Faites le jusqu’au bout, et plutôt que d’éparpiller prix et primes, confiez moi un budget. J’ai déjà trouvé une base à Magny-Cours, je peux louer un local et même une maison. J’ai déjà eu des contacts avec d’excellents mécaniciens. Ça devrait marcher. " Objectif atteint à la fin de la saison. Dider a remporté 7 des 15 courses disputées et naturellement le Challenge. En 1975, il s’engage dans le Championnat européen de Formule Renault. La politique d’Elf est simple à l’époque. Une année pour apprendre, une année pour gagner. Didier est un gros travailleur. Daniel Champion fait partie de son équipe. " C’était un courageux inimaginable " raconte-t-il à Martine Camus, auteur de l’excellent livre Didier Pironi, la flèche brisée, paru aux Éditions du Palmier. " Alors que la plupart des pilotes passent leur temps hors piste à entretenir le poil qu’ils ont dans la main, lui ne cessait de travailler. A monter des coups, à chercher des commanditaires. Mais lorsqu’il gagnait une course, la première chose à laquelle il pensait après la ligne d’arrivée était de nous embarquer sur la monoplace. Comme quoi tout n’était pas fait par pur égoïsme. Il nous est arrivé de boucler les tours d’honneur à 3 ou 4 sur les capots. Après, une fois les honneurs partagés avec son équipe, pas question de partir en bordée avec ses copains. Il fêtait son succès avec l’équipe ! Oui, des souvenirs inoubliables ! "
Comme Didier apprend vite, il remporte trois courses, signe trois records du tour, et termine à la troisième place d’un Championnat extrêmement relevé du fait de la participation de nombreux pilotes plus âgés et plus expérimentés parmi lesquels René Arnoux, Jean Ragnotti, Dany Snobeck et Marc Sourd. Après cette saison en monoplace somme toute excellente, Didier s’offre une seconde expérience en rallye. Du 8 au 9 novembre 1975, il disputera le fameux Tour de Corse, le terrible rallye au mille virages, au volant d’une R 12 Gordini en compagnie de Bonamour, un garçon légèrement plus âgé que lui. La R 12 Gordini est engagée en groupe 2, cette voiture n’ayant jamais été homologuée en groupe 1. Le favori de cette catégorie sera Jean-Claude Andruet qui pilotera un coupé Alfetta GT Autodelta développant 220 cv, soit 95 de plus que la R 12 Gordini. Jean-Louis Clarr et Guy Chasseuil font figure d’outsiders au volant de leurs Opel Ascona. Didier et son coéquipier visent une victoire dans la classe des voitures de 1300 à 1600 cm3. Arrivé tardivement en Corse à cause d’autres obligations, Didier n’a pas fait de reconnaissances. Il partira avec une copie des notes fournies par l’équipage d’une Alpine Renault. Le premier secteur de liaison est perturbé par des autonomistes corses. Les concurrents rejoignent finalement le départ de la première spéciale en convoi. Cette épreuve se révèle très difficile car la route est partiellement recouverte de châtaignes. Quant aux ES suivantes, elles se déroulèrent sous une pluie battante. Hélas, le Tour de Corse décide de ne pas sourire au futur pilote de F1. Peut-être les Dieux du sport automobile oeuvrent-ils déjà en coulisse en faveur de l’hyper-spécialisation des pilotes. Didier Pironi et son navigateur Bonamour abandonneront le samedi soir à cause d’une rupture du volant moteur de leur R 12 Gordini. Signalons que les pilotes inscrits au palmarès de cette édition du rallye apporteront eux-aussi beaucoup de bonheur aux amoureux du sport automobile. L’équipage Darniche–Mahé sur Lancia Stratos remporte l’épreuve devant Nicolas–Laverne sur Alpine Renault A 110 1800 et Andruet–Jouanny sur Alfa Roméo Alfetta GT. Quant à l’extraordinaire Michèle Mouton naviguée par Françoise Conconi, elle gagne le groupe 3 sur une Alpine A 110 1600 SC. Vous pouvez retrouver le blog de Thierry Le Bras à cette adresse : Circuit Mortel
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