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David Sarel souligne l’évolution du microcosme F1jeudi 17 mai 2007, par Thierry Le Bras La F1 fait partie intégrante de l’univers de David Sarel, Freddy Vivien, un des personnages récurrents de ses aventures, fut un des pilotes de Formule 1 les plus brillants de sa génération (il est né en 1952 et remporta plusieurs titres de Champion du Monde). Le lecteur observera que héros de fiction et pilotes réels se mêlent dans l’univers de David Sarel. A l’occasion d’un dîner à La Manivelle (restaurant à thème course auto à Lohéac, haut lieu de la compétition et de la F1 dans la mesure où le musée intègre une grille de départ de F1), Freddy répond une nouvelle fois aux questions du journaliste Sébastien Ménier. Et David ne manque pas l’occasion de glisser ses observations dans la conversation.
Sébastien Ménier : La course automobile et la F1 ont beaucoup évolué depuis tes débuts. Quel bilan tires-tu des changements intervenus ? Freddy Vivien : " Je te répondrai d’abord au niveau de la Formule 1. Je soulignerai un point positif, celui de la sécurité. Les F1 contemporaines sont devenues très sûres. Rien à voir avec les monoplaces que nous pilotions dans les années 70 et 80. Tu te rends compte qu’à l’époque, nos pieds étaient devant l’axe des roues sans aucune cellule de protection. Ceux, comme moi, qui ont terminé leur carrière sans blessure grave sont des miraculés. Maintenant, les accidents invalidants sont devenus plus rares, heureusement. Le pouvoir sportif a bien réagi après le décès d’Ayrton Senna. Cependant, il faudra toujours rester vigilent. Pour le reste, mon appréciation sera plus nuancée. " Sébastien Ménier : Par exemple ? Freddy Vivien : " La F1 demeure un spectacle de grande qualité. Il reste des pilotes exceptionnels, à la personnalité attachante, dans le milieu. Je pense bien sûr à Damien Brémant, mais aussi à Kimi Raïkkönen, à Nico Rosberg, à Nick Heidfeld. Mais certains se prennent beaucoup trop au sérieux. Ils s’éloignent de leurs supporters, des journalistes, jouent les stars inaccessibles, ne saluent même plus les journalistes quand ils les rencontrent le matin dans les couloirs de l’hôtel. Comment aimer ces pilotes qui snobent le public, voire leurs clubs de supporters ? En plus, les spectateurs ne peuvent plus approcher du paddock ni voir les pilotes de près. C’est vraiment dommage. " Sébastien Ménier : Comment vois-tu la F1 au cours des prochaines années ? Freddy Vivien : " Elle restera longtemps un univers à part. Les grands constructeurs vont inévitablement y prendre une place de plus en plus importante. Les artisans disparaissent. La manne des pétroliers et des cigaretiers s’est envolée. La bulle Internet espérée à la fin des années quatre vingt dix a explosé avant de surfer sur la F1. La seule chance de survie des constructeurs indépendants est d’apporter leur expérience à des géants de l’automobile. C’est dommage, mais c’est inévitable dans le contexte économique actuel. L’évolution de la technologie génère une augmentation permanente des coûts qui amplifiera forcément le phénomène malgré les efforts du pouvoir sportif. " David Sarel : " Notons que la crise du sponsoring touche toutes les disciplines du sport auto. D’abord, des conditions économiques difficiles ne favorisent pas la communication par le sport. D’autre part, les sports mécaniques sont attaqués pas les écologistes et les tenants de certains militantismes dans la mesure où ils coûtent cher et dépensent inévitablement un peu d’énergie. Encore que sur ce dernier point, je serais tenté d’observer que le sport auto dans son ensemble consomme sûrement beaucoup moins de carburant que n’en utilisent les spectateurs qui vont voir les matchs de foot le week-end. Enfin, les sports mécaniques restent associés à une notion de risque, même si les accidents corporels sont rares. Cela freine de gros sponsors potentiels qui s’efforcent de donner une image de sécurité à leurs services et produits. Je pense particulièrement aux banques, aux compagnies d’assurance et aux groupes immobiliers. " Sébastien Ménier : Des conséquences sur les pilotes ? Freddy Vivien : " Le pilote représente désormais de grandes firmes. Cela lui impose un devoir de réserve, un respect des axes de communication de ses employeurs. Des garçons comme Damien Brémant, Nico Rosberg, Kimi Raïkkönen, Felipe Massa ou Nick Heidfeld l’ont bien compris. " Sébastien Ménier : Cela signifie-t-il que des pilotes comme Montoya ou Irvine qui ne mâchaient pas leurs mots n’ont plus leur place en F1 ? Freddy Vivien : " Force est de constater qu’ils n’y sont plus. Ceci dit, en ce qui concerne Montoya, ce ne sont pas vraiment ses déclarations qui l’ont condamné, mais son attitude sur la piste. La F1 avait subi ses incartades avec amusement jusque là. A un briefing de pilotes en 2001 par exemple, Montoya avait menacé Villeneuve de l’envoyer dans un mur. Son patron ne l’avait pas sanctionné. Quand le pilote colombien a percuté Kimi et créé un carambolage monstre à Indianapolis en 2006, il aurait sauvé sa tête en s’excusant. Il a préféré fanfaronner et menacer Kimi de le sortir à nouveau à l’occasion. Là, Ron Dennis a vu rouge. Quant à Irvine, il ne s’est pas privé d’attaquer verbalement ses adversaires durant sa carrière. Je me souviens de ses petites phrases contre Coulthard lorsqu’il balançait en 2000 que l’Écossais n’était pas assez bon pour battre son équipier Häkkinen ni pour devenir Champion du Monde. Ceci dit, son équipe ne s’en est pas formalisée. " David Sarel : " La différence entre les conséquences des anecdotes rapportées par Freddy, c’est l’intérêt de l’équipe. Les sponsors et les patrons d’écuries aiment les pilotes formatés, style gendre idéal. Mais ils acceptent leurs incartades tant qu’elles ne nuisent pas à l’équipe. Surtout si elles font rire aux dépens d’adversaires. Par contre, ils tolèrent mal les attitudes qui nuisent à l’équipe. Ron Dennis n’a pas supporté que Montoya risque de sortir intentionnellement Kimi et de mettre à mal les intérêts déjà bien compromis de l’équipe. Mais je crois que malgré les exigences des partenaires et des teams, les pilotes se permettront toujours quelques fantaisies sans gros risques de sanctions ou représailles. La F1 attire les people, la Jet Set. Elle aime les paillettes et les excentricités. Quand des stars de son univers organisent une fête sur un yacht en Méditerranée et qu’elles offrent aux invités des sushi servis sur le corps nu à la peau satinée d’une jeune et belle fille asiatique allongée sur un plateau, tout le monde apprécie, un peu comme lors des fabuleuses soirées de feu Eddie Barclay. "
Sébastien Ménier : Entendrons-nous de nouvelles petites phrases chocs dignes d’une campagne électorale au sein du microcosme F1 ? Freddy Vivien : " Bien sûr. L’an dernier, interrogé sur son éventuel intérêt pour Schumacher, Flavio Briatore a répliqué par une phrase assassine : « "Si je m’intéresse à Schumacher, ma c’est comme me demander comment s’est passée ma soirée avec une nonagénaire." Lorsqu’on connaît le goût de Flavio pour les Top models, la comparaison prend tout son sens. " David Sarel : " Je pense la même chose. Les acteurs qui survivent dans le monde de la F1 possèdent des tempéraments trop forts pour ne pas se laisser aller à quelques piques bien aiguisées vis à vis de leurs rivaux. A quelques mois de la retraite l’an dernier, Schumacher n’avait rien perdu de sa morgue. Commentant la sortie de l’album de Jacques Villeneuve, il n’hésita pas à lancer un commentaire fort ironique : "J’ai cru comprendre qu’il entendait se reconvertir en chanteur. Pourquoi pas ? Dans sa nouvelle carrière, il sera peut-être compétitif." Quant à Briatore, il reste toujours aussi cynique. N’a-t-il pas affirmé récemment qu’Alonso n’était pas un si bon pilote que ça et qu’au premier GP de la saison, ce devait être le frère jumeau de Kovalaïnnen qui pilotait ? Sans consulter Élisabeth Teyssier, je crois pouvoir prédire de nouvelles petites phrases de sa part d’ici l’automne 2007 ! " Vous pouvez retrouver toutes les aventures de David Sarel sur le site : Circuit Mortel
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